Intermodalité Terre–Mer/Fleuve : regards croisés et leviers d’action pour les mobilités ultramarines

La Martinique a accueilli un séminaire interrégional qui s’est tenu les 2 et 3 décembre 2025 à Madiana. Consacré à l’intermodalité Terre–Mer/Fleuve, ce séminaire a été organisé par la cellule France Mobilité Antilles-Guyane1, dont la DEAL Martinique est membre, en partenariat avec Martinique Transport, le CNFPT et de nombreux acteurs institutionnels et opérationnels. Près de 100 professionnels du secteur des mobilités alternatives à la voiture individuelle et du transport collectif (dont autorités organisatrices de la mobilité (AOM), services et agences de l’État, collectivités territoriales, opérateurs et partenaires de l’aménagement), ont été réunis à cette occasion afin de partager des retours d’expérience et d’explorer les perspectives de développement de solutions de transports durables, sur la thématique de l’intermodalité Terre-Mer/Fleuve, adaptées aux territoires ultramarins.

Ce séminaire s’inscrivait dans un contexte où les liaisons maritimes et fluviales constituent des leviers complémentaires aux réseaux terrestres, au regard des enjeux de transition écologique, de (con)gestion des flux et d’adaptation au changement climatique.

Ainsi, le choix de la Martinique comme territoire d’accueil faisait pleinement sens, car elle constitue à ce jour une singularité dans le paysage ultramarin, avec une autorité organisatrice de la mobilité unique et un réseau de TCSP (Transport Collectif en Site Propre) opérationnel, en lien avec les navettes maritimes reliant Fort-de-France et les Trois-îlets en ligne régulière2. Cette structure offre ainsi un cadre propice à l’analyse et au partage de pratiques.


I. Première journée : Cadres réglementaires et retours d’expériences

1. Partage de cadres communs pour l’émergence de projets

Une première séquence a permis d’apporter un socle commun de connaissances sur les cadres réglementaires, institutionnels et opérationnels encadrant la mise en œuvre de services de transport maritime de personnes ainsi que de transport fluvial de personnes pour la Guyane.

Les interventions ont notamment abordé les spécificités ultramarines, les apports de la Loi d’Orientation des Mobilités (LOM), ainsi que les rôles et responsabilités respectifs des AOM et des chefs de file des mobilités. Les échanges ont également mis en lumière les modalités de coopération entre AOM, collectivités et acteurs gestionnaires d’infrastructures ou compétentes en matière de solidarité.



2. Capitalisation d’expériences pour nourrir les pratiques

Ce séminaire fut également l’occasion d’aborder les retours d’expériences, qui ont été présentés par différents territoires et opérateurs basés à Lorient, Toulon, Mayotte et à la Martinique. Ainsi, ont été illustrés les conditions de réussite de l’intermodalité Terre–Mer avec des exemples, certes spécifiques, mais factuels et inspirants.
Ils ont aussi permis d’illustrer la mise en application de notions vues lors de la première séquence, telles que la conception d’infrastructures d’échanges lisibles et attractives, l’intégration des offres maritimes dans les systèmes de tarification et d’information voyageurs et des stratégies de réduction de l’empreinte carbone des flottes.

Ces échanges ont également ouvert la réflexion sur la résilience des infrastructures et des services face aux aléas climatiques et aux contraintes géographiques propres aux territoires insulaires et fluviaux, ou encore sur l’approche guidée pour répondre davantage aux besoins des usagers, en s’inspirant notamment des outils du management de la mobilité.




II. Deuxième journée : Dynamique collaborative et perspectives

1. Approfondissement des enjeux à l’échelle des territoires
Durant la deuxième journée, des temps de travail en groupes ont permis aux participants de confronter leurs approches et d’approfondir plusieurs thématiques structurantes :

  1. Services maritimes/fluviaux en complémentarité des transports terrestres, intermodalité, niveau de service, opportunités.
  2. Gouvernance, financement, intégration tarifaire, coordination des services maritimes et fluviaux publics/privés.
  3. Infrastructures portuaires, innovations, résilience et maîtrise d’ouvrage.

Ces grandes thématiques ont favorisé l’émergence de pistes d’action opérationnelles, en lien avec les « concepts » abordés lors de la première journée et potentiellement mobilisables pour des projets en cours ou à venir.

2. Le terrain au service des perspectives

Le séminaire s’est conclu par une visite technique organisée par Martinique Transport, sa régie (RTM3) exploitant le BHNS4 et son délégataire Blue Lines pour la voie maritime.

En effet, depuis le ponton du bourg de Schœlcher, les participants ont embarqué sur une navette maritime Blue Lines, à destination de la gare multimodale de Fort-de-France, où un BHNS les attendait pour les conduire jusqu’au point de chute ; le centre de maintenance du TCSP au Lamentin (Lareinty).

Cette immersion a permis d’appréhender concrètement l’organisation des services de transport massifiés sur le territoire martiniquais et d’identifier des perspectives d’évolution, notamment en matière de liaisons maritimes, en résonance avec les réflexions menées tout au long du séminaire.

III. Une dynamique inscrite dans la durée

Financé par la cellule France Mobilité, le séminaire a bénéficié d’un cofinancement assuré à hauteur de 50 % par la DEAL Martinique, 25 % par la DEAL Guadeloupe et 25 % par la DGTM Guyane. Il s’inscrit dans la dynamique des Conférences Techniques Territoriales portées par le Cerema et constitue une étape structurante pour accompagner les territoires ultramarins dans le développement de systèmes de mobilité plus intégrés, durables et résilients. Ce séminaire doit sa réussite à la mobilisation des services de l’État, notamment du Cerema à travers son expertise, des collectivités territoriales, ainsi que de leurs partenaires. Des contributions partenariales ont également permis des expérimentations en conditions réelles, grâce à la mise à disposition d’une navette maritime par Blue Lines et d’un BHNS par la Régie des Transports de Martinique. Cette dynamique a vocation à se prolonger par des actions de formation et de valorisation de projets locaux, afin de renforcer les compétences des acteurs et d’accompagner l’émergence d’initiatives adaptées aux spécificités des territoires ultramarins.

1. Membres de la cellule France Mobilités Antilles Guyane Saint-Pierre et Miquelon : DEAL Martinique, DEAL Guadeloupe, DGTM de la Guyane, DTAM Saint-Pierre et Miquelon, Cerema, ADEME, Banque des Territoires, ANCT
2. Une desserte à Case-Pilote et à Schœlcher serait prochainement opérationnelle
3. RTM : Régie des Transports de Martinique
4. BHNS : Bus à Haut Niveau de Service

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