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La matoutou falaise, bientôt protégée au niveau national

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publié le 13 juin 2017 (modifié le 22 septembre 2017)

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Télécharger Le projet d’arrêté (format pdf - 28.2 ko - 13/06/2017)

Le présent arrêté vise à définir, pour la première fois, la liste des arachnides représentés dans le département de la Martinique et méritant d’être protégés sur l’ensemble du territoire national.

En l’état actuel des connaissances, seule la Matoutou falaise (Caribena versicolor, anciennement Avicularia versicolor) présente un degré de menaces nécessitant la mise en place d’une protection totale des spécimens et de leurs habitats.

Contexte de l’arrêté

La Matoutou falaise est une très belle mygale de la famille des Theraphosidae, endémique de la Martinique. Présentant un caractère placide et des moeurs généralement moins cryptiques que beaucoup d’autres mygales, cette araignée est un sujet de choix pour les terrariophiles. Afin de satisfaire le marché croissant des nouveaux animaux de compagnie, les prélèvements dans la nature, plus aisés et plus lucratifs que les élevages, se sont largement développés.

Pour tenter de contrer ce phénomène, l’Etat a souhaité protéger localement l’espèce. L’arrêté ministériel du 13 juillet 1995 (publié au JO n° 212 du 12 septembre 1995), a tout d’abord défini la liste des espèces animales sauvages pouvant faire l’objet d’une réglementation préfectorale dans le département de la Martinique. Sur cette base, l’arrêté préfectoral du 9 novembre 1995 a interdit « en tout temps sur tout le territoire du département de la Martinique, la destruction, la mutilation, la capture ou l’enlèvement, le transport, la naturalisation, la cession à titre gratuit ou onéreux »
de spécimens d’Avicularia versicolor.

Malheureusement cette mesure semble être insuffisante car les saisies douanières se sont multipliées depuis 1995 et aujourd’hui encore, des traces de braconnage sont régulièrement constatées sur le terrain (loges déchirées résultant du prélèvement de l’araignée).

Un renforcement de la législation paraît nécessaire pour stopper le pillage du patrimoine naturel de la Martinique. Le classement de cette mygale en tant qu’espèce protégée sur l’ensemble du territoire national permettra aux agents de la Police de l’Environnement de pouvoir contrôler l’origine licite des spécimens vendus ou détenus en métropole. Cette étape permettra aussi d’envisager une demande de classement de l’espèce au titre de la CITES.

Connaissances sur la matoutou falaise

Les principales connaissances scientifiques sur cette espèce résultent essentiellement des travaux de Monsieur Patrick MARECHAL.

2009 - Etude sur l’état des populations de Avicularia versicolor : mygale endémique de Martinique ;
Rapport de synthèse ; Missions 2007-2008
Retrouvez l’étude sur le portail du SIDE

2013 - Etude sur l’état des populations de Avicularia versicolor : mygale endémique de Martinique ;
Rapport complémentaire ; Missions 2012-2013
Retrouvez l’étude sur le portail du SIDE

Dans ses rapports, Monsieur Maréchal rappelle la biologie, la dynamique des populations ainsi que la répartition connue de cette mygale, strictement endémique de la Martinique.
Alors que l’adulte mesure de 4 à 5 cm et présente des couleurs foncées (céphalothorax vert bouteille avec des éclats métalliques et abdomen recouvert de longs poils d’un rouge ferrugineux), les juvéniles se distinguent par leur couleur bleue électrique. Les femelles peuvent vivre une dizaine d’années alors que les mâles meurent après la période de reproduction (maturité : entre 2 et 3 ans).

Biotope et Distribution (passée et actuelle) :
Caribena versicolor est une araignée à l’origine typiquement liée aux milieux forestiers mésophiles à méso-hygrophiles, forêts où les précipitations sont comprises entre 1500 et 3000 mm avec une saison sèche peu marquée (Sastre & Breuil, 2007). Cependant, cette dépendance n’est pas stricte et l’espèce persiste dans les biotopes secondarisés, pour peu que l’environnement reste du type « forêt moyennement humide ». La présence de cette mygale n’est pas liée à un cortège floristique particulier, mais semble plutôt dépendre des conditions climatiques ambiantes et de l’existence de refuges adéquats pour construire sa loge et s’abriter.

Toutefois, depuis 1635 et l’implantation des premiers colons, la forêt qui recouvrait initialement la quasi-totalité de la Martinique ne représente plus aujourd’hui que 25% de la surface du département (Hatzenberger, 2001). De plus, la dégradation de l’environnement entraîne un assèchement du milieu avec une reprise forestière à tendance xérophytique en remplacement des massifs originels essentiellement méso- et hygrophytiques (Hatzenberger, 2001). Caribena versicolor, qui était selon
toute vraisemblance présente sur l’ensemble de l’île lorsque la forêt recouvrait tout le département, a donc vu son aire de distribution régresser de manière drastique en moins de 4 siècles !

Elle ne subsiste plus de nos jours que par deux populations principales, au nord et au centre (massif de la Montagne Pelée et massif des Pitons du Carbet), et par quelques isolats dans le sud. La pérennité de ces derniers, qui couvrent tout au plus quelques dizaines d’hectares, sont très éloignés les uns des autres et donc très certainement isolés génétiquement, semble fortement menacée à plus ou moins court terme.

Vulnérabilité :
Dans son rapport de 2013, Monsieur MARECHAL a appliqué les critères de la Liste rouge de l’UICN pour évaluer le statut de l’espèce. Bien que son analyse n’ait pas encore été présentée et validée par le Comité UICN, les premiers résultats tendraient à classer l’espèce dans la catégorie « En danger ».

Connaissances sur les autres arachnides de Martinique

Comme la majorité des îles avoisinantes, la faune arachnologique de la Martinique est très mal connue. Si les grandes Antilles ont fait l’objet de plusieurs travaux parfois importants sur ce groupe, comme les monographies de Petrunkevitch ou de Bryant, les petites Antilles ont été délaissées.

En 2012, l’analyse de la bibliographie existante avait permis de dresser une liste de 40 espèces connues et signalées en Martinique (y compris les citations douteuses), ce qui ne représente vraisemblablement qu’un dixième de la diversité spécifique de la faune aranéologique locale.

Depuis quelques années, Monsieur MARECHAL essaie donc de dévoiler la richesse de ce taxon et suite à de très nombreuses prospections sur le terrain, il a produit un premier rapport :
2013 - Inventaire des araignées de la Martinique ; Rapport de synthèse ; Campagne 2012-2013
Retrouvez l’inventaire sur le portail du SIDE

Sur les 40 espèces citées par la littérature, 29 ont d’ores-et-déjà été retrouvées. A cela s’ajoutent de nombreuses découvertes d’espèces connues sur d’autres îles mais aussi d’espèces nouvelles pour la science. Outre la découverte et la description d’un nouveau scorpion endémique de la Martinique, Tityus marechali, le résultat majeur et certainement le plus inattendu, est la découverte de 5 nouvelles espèces du sous-ordre des Mygalomorphes, portant ainsi à sept le nombre de mygales
répertoriées sur l’île.

Grâce à ce premier travail, la liste provisoire des araignées de la Martinique est portée à 80 espèces réparties en 31 familles. Les inventaires se poursuivent actuellement et un second rapport est attendu en 2017.

Pour ces espèces dont nous connaissons peu de choses (biologie, distribution, vulnérabilité), il semble prématuré de les intégrer dans cet arrêté de protection.

Contenu du projet d’arrêté

Compte-tenu des éléments présentés ci-dessus, l’arrêté proposé vise à protéger uniquement la Matoutou falaise (Caribena versicolor).

Les mesures proposées permettent une protection stricte des spécimens sur l’ensemble du territoire national, ainsi qu’une protection des habitats sur tout le département de la Martinique.