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Paysage Eau Biodiversité

Retour sur l’expédition Madibenthos du MNHN

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publié le 1er décembre 2016

L’arc antillais occupe une place de choix dans la région tropicale ouest-atlantique qui représente la seconde région marine la plus riche du monde. Hormis les espèces emblématiques, la biodiversité marine de la Martinique demande à être connue.

Face à la méconnaissance de la biodiversité marine de Martinique et aux pressions multiples subies par les écosystèmes marins, il apparaissait indispensable de disposer d’une cartographie précise des milieux.

C’est pour répondre à ce besoin qu’est né le projet MADIBENTHOS, projet qui fait partie du programme d’acquisition de connaissances sur le milieu marin ACQUIMART. Il s’agit d’un programme animé par l’Agence des Aires Marines Protégées (AAMP), entourée des services compétents dans la gestion du milieu marin de Martinique (DEAL, Office de l’Eau (ODE), Direction de la mer (DM) et Collectivité Territoriale de Martinique) et qui a pour objectif de mettre à la disposition des décideurs et gestionnaires des éléments nécessaires à la préservation du milieu marin.

Mandaté par l’AAMP, le Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN) a piloté du 05/09/2016 au 11/10/2016 un inventaire de la faune et de la flore marines de très grande ampleur sur les côtes martiniquaises, dans le cadre de l’expédition MADIBENTHOS.

L’objectif était de tendre vers l’exhaustivité au sein des groupes taxinomiques ciblés (éponges, mollusques, crustacés, échinodermes). C’est la raison pour laquelle tous les types d’habitats ont été échantillonnés (mangrove, estuaire, fonds meubles, herbiers de phanérogames, algueraies calcaires et d’algues molles, communautés coralliennes bioconstructrices et non bioconstructrices …) d’abord sur la côte Caraïbe puis sur la côte Atlantique.

La DEAL et la DM ont mis à disposition deux semi-rigides qui ont permis d’échantillonner la côte Caraïbe et la côte Nord-Atlantique, réputée difficile, en la rendant accessible depuis Fort-de-France en seulement 1h30 de navigation

Opérations de charge et de décharge du matériel

Les échantillonnages massifs (brossage, aspirateur et dragage) ont permis de collecter des organismes de petites tailles, impossible à récolter en plongée à l’œil nu, mais également de créer une collection de près de 1 000 planches d’herbiers avec des spécimens en provenance de toutes les profondeurs (dragage à 60 mètres et plus, récolte en plongée, récolte à pied et en apnée) et de toutes les côtes (Atlantique et Caraïbe).

L’analyse de ces échantillons a nécessité un fractionnement par classe de taille grâce au tamisage, un travail dur mais essentiel à la recherche.

Chaque fraction a été ensuite séparée : la fraction lourde composée essentiellement de sédiments et la fraction légère composée de fragments d’algues et d’éponges. Au sortir de l’atelier tamisage, les échantillons ont été dirigés vers le laboratoire, où les trieurs ont examiné les spécimens vivants à l’œil nu puis à la loupe binoculaire.

Après le tamisage et le tri, le poste « barcode » fut la dernière étape de la chaîne de traitement des organismes vivants. Ainsi, les spécimens jugés intéressants pour le séquençage ADN ont été sélectionnés, traités et fixés.

Au final, l’expédition MADIBENTHOS

  • a mobilisé 63 personnes ; en temps cumulé, 19700 heures de travail au laboratoire, sur l’eau, et sous l’eau - l’équivalent de 11 années de travail pour une personne
  • a réalisé en tout 506 "événements de collecte" (récoltes en marée, récoltes en plongée utilisant des paniers de brossage et des aspirateurs sous-marins, dragages),
  • a consommé 800 litres d’éthanol et 10500 litres de carburant.

Ainsi, à l’issue de la phase terrain, le professeur Philippe Bouchet, chef de l’expédition a déclaré : «  L’expédition a documenté la présence en Martinique de centaines (probablement plus de 1000) d’espèces qui n’étaient pas encore connues de cette île ; à vue de nez, je pense que 100 à 200 espèces nouvelles pour la science ont été échantillonnées dans des habitats qui sont pourtant accessibles et visités. Tout cela est accompagné de plus de 15 000 photos sur le terrain et en laboratoire, et pas loin de 5000 échantillons de tissus pour les études génétiques. » avant d’ajouter : « Du côté du verre à moitié vide et derrière ces chiffres qui témoignent avant tout du savoir-faire de l’équipe et de l’intensité de l’échantillonnage, nous quittons la Martinique avec l’impression d’écosystèmes en très mauvais état écologique. »

Dans les mois suivant cette expédition, le MNHN impliquera son vaste réseau international de spécialistes pour identifier les spécimens récoltés.


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