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Paysage Eau Biodiversité

La flore des Antilles

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publié le 28 mars 2018 (modifié le 16 mai 2018)

  Le hotspot de la Caraïbe

La Martinique appartient au hotspot de la Caraïbe qui constitue l’un des 36 hotspots de biodiversité mondiale (Noss et al., 2015). Ces zones sont reconnues comme étant à la fois biologiquement riche et fortement menacées. En effet, ces zones comptent au moins 1500 espèces vasculaires endémiques et ont parallèlement déjà perdu près de 70 % de leur végétation originelle. Les hotspots représentent 2,3 % des terres émergées mais hébergent plus de la moitié des espèces végétales endémiques et près de 43 % des oiseaux, mammifères, reptiles et amphibiens endémiques de la planète.

Le hotspot de la Caraïbe est constitué par un archipel s’étendant sur près de 4 millions de kilomètres carrés. La géographie, le climat et la grande étendue géographique du hotspot des îles des Caraïbes ont contribué à produire des habitats et des écosystèmes d’une grande diversité, qui sont d’une grande richesse en termes d’espèces. Quatorze zones de vie de Holdridge et 16 écorégions, selon la définition du WWF, ont été définies dans ce hotspot.

Le hotspot des îles des Caraïbes abrite 1447 genres natifs et environ 11000 espèces natives de plantes à graines (Cycadopsida, Coniferopsida, Magnoliopsida et Liliopsida). L’endémisme générique est particulièrement remarquable avec environ 13,2 % comprenant 191 genres endémiques ou presque à la région. Il y a 7868 espèces natives de plantes à graines endémiques au hotspot des Caraïbes, ce qui représente environ 72 % de l’endémisme spécifique de la région dans son ensemble. Par conséquent, les Caraïbes sont d’une très grande importance pour la conservation des plantes, surtout vu la taille relativement réduite de ce hotspot par rapport aux autres.

  La flore des Petites Antilles

La flore autochtone des Petites Antilles comprend environ 2960 espèces de phanérogames (Howard et al. 1974 à 1989) auxquelles s’ajoutent 323 espèces de Ptéridophytes (Proctor 1977), soit un total de 3283 espèces végétales vasculaires. 12 % des phanérogames et 14 % des Ptéridophytes sont endémiques des Petites Antilles. Ensemble, la Guadeloupe et la Martinique possèdent 56 % des phanérogames et 84 % des Ptéridophytes des Petites Antilles (Fournet 1978, Proctor 1977). A elles seules, la Guadeloupe et la Martinique hébergent 86 % des phanérogames et 83 % des Ptéridophytes endémiques des petites Antilles.

  La Martinique, l’île aux fleurs

Parmi les quelques 3000 espèces végétales vasculaires recensées en Martinique, 1386 espèces sont autochtones, c’est-à-dire qui poussent spontanément sur le territoire. Cette liste, validée en Conseil Scientifique Régional du Patrimoine Naturel (CSRPN), fait l’objet d’un arrêté ministériel dans le cadre du règlement n°1143/2014 du Parlement européen et du Conseil du 22 octobre 2014 relatif à la prévention et à la gestion de l’introduction et de la propagation des espèces exotiques envahissantes.

Parmi ces espèces autochtones, on compte 247 fougères et plantes alliées (Bernard 2015). Pour ce qui est des espèces arborées, la Martinique, avec 396 espèces d’arbres, dont 20 % d’endémiques des Petites Antilles (Fiard 1994), est la plus riche des Petites Antilles. Cette diversité est plus de trois fois supérieure à la diversité métropolitaine, pour un territoire 500 fois plus petit !

Une espèce est dite endémique quand son aire de répartition s’étend sur une unité géographique limitée. Sur le territoire le la Martinique, on dénombre 102 espèces végétales endémiques du hotspot de la Caraïbe, 154 espèces végétales des Petites Antilles et 39 espèces végétales endémiques strictes de l’île.

  Les espèces végétales protégées

Une espèce protégée est une espèce qu’il est interdit de chasser, pêcher, cueillir, détruire, et parfois transporter, vendre, acheter, à tous les stades de développement (oeufs, jeunes, adultes) et produits dérivés (peaux, plumes, écailles…), selon une réglementation internationale, nationale ou locale.

En France, la protection stricte des espèces de faune et de flore sauvages est assurée par les articlesL411-1 et L411-2 du code de l’environnement. Pour les espèces végétales, la réglementation peut interdire : leur destruction, coupe, mutilation, arrachage, cueillette ou enlèvement de leurs fructifications ou de toute autre forme prise par celles-ci au cours de leur cycle biologique, leur transport, leur colportage, leur utilisation, leur mise en vente, leur vente ou leur achat, la détention de spécimens prélevés dans le milieu naturel ; la destruction, l’altération ou la dégradation de ces habitats naturels ou de ces habitats d’espèces. Il est nécessaire de se reporter à chacun des arrêtés pour connaître précisément la nature des interdictions applicables en fonction des espèces.

En Martinique, la liste des espèces végétales protégée compte 42 espèces, elle a été publiée par arrêté ministériel du 26 décembre 1988.

Dans certains cas (études scientifiques, suivi d’espèces, aménagements publics …), des dérogations peuvent être délivrées par arrêté ministériel ou préfectoral. La direction régionale de l’environnement, de l’Aménagement et du Logement de Martinique est le service instructeur des demandes. Les maîtres d’ouvrage sont donc invités à se rapprocher de la DREAL et à prendre préalablement connaissance du guide du ministère “espèces protégées, aménagements et infrastructures”.

  Le référentiel taxonomique

Au 21ème siècle, les urgences en matière de gestion de la biodiversité pressent l’ensemble des acteurs de réunir la connaissance sur l’état et l’évolution de cette biodiversité. Les quantités d’informations collectées sur la nature par trois siècles de naturalistes parcourant la planète entière ou explorant le moindre recoin de leur jardin sont tout simplement énormes, mais complètement disséminées : collections publiques ou privées, littérature volumineuse et éparpillée, carnets de terrains ou fichiers informatiques forment un vaste monde où l’accessibilité n’est pas toujours de mise. Avec l’avènement des technologies de l’information, les bases de données se sont révélées être une clé pour l’accès à l’information. Mais, sans références, difficile d’organiser l’information et de dialoguer.

Dans le cadre du Système d’Information sur la Nature et les Paysages (SINP), le Muséum national d’Histoire Naturelle (MNHN) a élaboré un référentiel taxonomique pour la faune, la flore et la fonge de France, métropolitaine et outre-mer, qui représente la pierre angulaire du système d’information sur les espèces. Ce référentiel est unique pour la France ; il a pour but de lister et d’organiser les noms scientifiques de l’ensemble des êtres vivants recensés sur le territoire. Ce référentiel TAXREF est consultable et téléchargeable sur le site internet de l’Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN) coordonné par le MNHN.

  Le Livre Rouge des plantes menacées aux Antilles françaises

Cet ouvrage est l’aboutissement de près de trente années d’inventaires floristiques et d’expertises environnementales appliqués à la flore de la Guadeloupe et de la Martinique. Il s’agit du premier livre rouge ayant pour sujet la flore menacée d’une région française et appliquant strictement la méthodologie créée en 2001 par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN).
Cet ouvrage présente les 187 taxons, dont 166 présents en Martinique, considérés comme les plus menacés d’extinction dans les Antilles françaises. Chacun de ces taxons fait l’objet d’une fiche descriptive complète, avec photographies et cartes de répartition, informant de l’état et de la tendance actuelle des populations naturelles. Afin que ces populations végétales soient mieux protégées et sauvegardées.

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  Le guide de valorisation des plantes locales dans les aménagements

Au niveau ornemental, on assiste à une homogénéisation de la flore de la ceinture intertropicale. Que l’on soit en Martinique, à Mayotte ou à Tahiti, on retrouve le flamboyant (Delonix regia), l’arbre du voyageur (Ravenala madagascariensis), la trompette d’or (Allamanda cathartica), le ti’flamboyant (Caesalpinia pulcherrima) ou encore l’amandier pays (Terminalia catappa).
Avec pour objectif de valoriser la flore locale, la DEAL a réalisé un guide pour les aménageurs. Ce travail vise plusieurs objectifs, le premier consiste à plus utiliser la flore native qui participe à l’identité culturelle antillaise. Le second, du point de vue paysager, incite à la diversité plutôt qu’à l’uniformisation. Le troisième est d’ordre écologique car la diversité favorise l’adaptation aux changements. Enfin, l’utilisation d’espèces locales permet indirectement la lutte contre les espèces exotiques envahissantes qui aurait pu être ainsi propagées.

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  Les plantes médicinales

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), les médecines traditionnelles constituent le seul moyen de se soigner pour environ 80 % de la population mondiale n’ayant pas accès à la médecine dite occidentale. On estime qu’environ 25 % de tous les médicaments modernes sont dérivés, directement ou indirectement de plantes médicinales, principalement grâce aux technologies modernes appliquées aux connaissances traditionnelles. Cette proportion atteint les 60 % dans les classes thérapeutiques des anticancéreux et anti-infectieux. Parallèlement, de part le monde, plus de 28000 espèces sont reconnues comme ayant un usage médicinal et seules 3000 d’entre elles ont fait l’objet d’évaluations scientifiques.

L’ethnobotanique et l’ethnopharmacologie permettent de conserver une trace écrite des médecines traditionnelles au sein de pharmacopées dont la transmission est essentiellement basée sur la tradition orale.

Le programme TRAditional Medecine in the IsLands (TRAMIL) est un programme de recherche appliquée à l’usage populaire des plantes médicinales dans la Caraïbe entamé en 1982. Il vise à améliorer et à rationaliser les pratiques médicinales traditionnelles populaires, basées sur l’utilisation des plantes. L’un de ses objectifs principaux est la diminution du coût de la thérapeutique médicamenteuse, en mettant à la disposition des populations et du personnel soignant de base des connaissances pratiques leur permettant de traiter par les plantes certaines affections.

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La liste des plantes médicinales de la pharmacopée française est un répertoire officiel des plantes considérées comme possédant des propriétés médicinales (art. L. 4211-1 du Code de la Santé Publique). Depuis le 1er août 2013, cette liste est scindée en une liste A et une liste B. Le type de médecine traditionnelle d’usage (européenne et outre-mer, chinoise ou ayurvédique) est précisé. La liste A correspond aux plantes médicinales utilisées traditionnellement. La liste B correspond aux plantes médicinales utilisées traditionnellement en l’état ou sous forme de préparation dont les effets indésirables potentiels sont supérieurs au bénéfice thérapeutique attendu.

Consultez :

  Mise en garde vis à vis des espèces toxiques

Les plantes, parce qu’elles sont « naturelles », sont très souvent considérées comme non dangereuses. Cependant, les toxines végétales font partie des stratégies de défense chimiques pour lutter contre les herbivores. Une plante est considérée comme toxique lorsqu’elle contient une ou plusieurs substances nocives pour l’homme ou pour les animaux et dont l’utilisation peut provoquer des troubles variés plus ou moins graves.

En moyenne, en France, les intoxications par les plantes représentent 5 % des cas recensés dans les centres antipoison. La classe d’âge des enfants de 1 à 4 ans est la plus représentée. Ceci s’explique par le fait que la perception de leur environnement se fait essentiellement par un test gustatif.

Chez l’adulte, la cause d’intoxication accidentelle la plus fréquemment signalée reste l’erreur d’identification. Toutefois, une mauvaise utilisation de plantes aux propriétés thérapeutiques est de plus en plus signalée.

Dans les Antilles françaises, près de 200 espèces végétales toxiques ont été recensées. Certaines sont bien connues comme le mancenilier (Hippomane mancinella), le ricin (Ricinus communis) ou encore le « mort aux cabrit » (Hippobroma longiflora), dont le nom est assez explicite.
Selon les espèces, la toxicité peut se transmettre soit par ingestion, cas le plus fréquent, soit par contact, par exemple avec le « pwa graté » (Mucuna pruriens) et les belles plantes ne sont pas les plus inoffensives. De même qu’il pourrait paraître impensable de border un jardin d’enfants ou une cour de récréation avec des cactus, il faut éviter de les aménager avec des plantes à latex corrosif comme la canne d’eau (Dieffenbachia seguine) ou des plantes donnant des fruits avec des couleurs vives pouvant attirer les plus jeunes comme la liane réglisse (Abrus precatorius).

  Les dernières études relatives à la flore en Martinique