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Actualités & évènements

Construisons la ville martiniquaise de demain

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publié le 13 février 2014 (modifié le 30 novembre 2018)

Le 03 décembre 2013, le 1er séminaire sur la ville durable martiniquaise s’est tenu à la mairie de Saint-Pierre en présence d’élus martiniquais et de nombreux acteurs de la ville et de l’aménagement.

Il s’agissait de présenter aux élus des outils opérationnels pour leur permettre de s’engager dans des démarches de promotion de la qualité du cadre de vie en ville.

Présentation de la Martinique

Située dans l’archipel des petites Antilles, la Martinique est une île de 1 128 km2. Sa densité de population supérieure à 350hab/km2, est parmi les plus élevées des départements français, paramètre d’autant plus significatif que « son territoire demeure relativement exigu en raison d’une topographie caractérisée par d’assez hauts reliefs (1 397 mètres au sommet de la Montagne Pelée) , des pentes abruptes et une couverture forestière importante, réduisent l’espace directement utilisable par l’homme (les plaines occupent seulement 10% de la surface de l’île) ».

Sur cette géographie contrainte s’est historiquement développé un mode d’habiter caractérisé par un mitage important. La campagne est devenue habitée, les « quartiers » se sont développés au détriment des centres-villes en déclin, démographique et économique.

L’agglomération foyalaise, il s’agit plutôt d’une conurbation sur 3 communes s’est hypertrophiée jusqu’à regrouper aujourd’hui un quart des habitants de l’île. Elle constitue « une vaste nébuleuse d’habitat, d’équipements, et d’activités où se concentrent toutes les fonctions capitales.

L’association de ces trois aspects, une géographie particulière soumise à des nombreux risques naturels, une campagne habitée et un étalement urbain important de la capitale est génératrice de tensions aiguës entre qualité de vie, protection de l’environnement et coût d’entretien des infrastructures.

<CENTER>La montagne Pelée</CENTER> en grand format (nouvelle fenêtre)
<CENTER>La montagne Pelée</CENTER>
<CENTER>Habitat </CENTER> en grand format (nouvelle fenêtre)
<CENTER>Habitat </CENTER>

Ces enjeux sont identifiés par l’ensemble des acteurs du territoire comme l’atteste le projet de Schéma d’Aménagement Régional (SAR) qui souhaite « limiter l’expansion débridée et rationaliser au mieux les investissements en matière de réseaux divers et d’équipements. Cet objectif d’une armature urbaine renforcée et économisant l’espace par une densification de l’urbanisation implique une réforme profonde des modes de vie locaux et de la relation au foncier.

C’est dans ce contexte que s’inscrit la thématique de la ville durable et les réponses qu’elle apporte tant en matière de reconquête de l’identité citadine que d’articulation entre nature, culture et urbain.

Genèse du séminaire

Ce séminaire fut l’aboutissement d’une année riche pour la ville durable martiniquaise avec la tenue de 4 ateliers EcoQuartier, l’émergence de plusieurs projets d’écoquartier et l’avancement des travaux du Transport en Commune en Site Propre (TCSP).

Ce séminaire fut aussi le lancement d’une démarche nouvelle pour la DEAL :

  • dans l’échelle de réflexion : l’objet n’étant plus un quartier ou un projet ponctuel mais bien la ville dans son ensemble, dans ses interactions et sa complexité.
  • dans les partenaires impliqués : après une période d’animation et de rencontres entre techniciens des collectivités, de l’État mais aussi du secteur privé, l’objectif est maintenant d’engager une phase de travail avec les élus martiniquais, en particulier les maires.

En effet, le travail avec les cadres territoriaux s’est renforcé depuis maintenant plus d’un an grâce à la tenue trimestrielle d’ateliers EcoQuartier aux thèmes variés :

  • Cadrage avec introduction des outils et acteurs de l’aménagement,
  • Présentation d’initiatives innovantes,
  • L’intégration des habitants comme impératif d’un projet de quartier durable,

Ces temps d’échanges, les discussions et les partenariats qui en ont émergés ont permis l’élaboration de valeurs partagées. Cependant, ce discours ne semblait pas audible au niveau décisionnel. Après concertation avec les partenaires, il a été décidé de mettre en place un séminaire sur la ville durable à destination des élus martiniquais.

Contenu du séminaire

De nombreux enjeux avaient été soulevés lors des différents ateliers, trois ont été sélectionnés avec les partenaires afin d’obtenir un événement court (une matinée) et une garantie de l’audibilité du message.

Reconquête des centres-bourgs

L’attractivité des villes martiniquaises est due à la richesse des ambiances qu’elles proposent et à la diversité des fréquentations qu’elles permettent. Leur crise actuelle peut s’expliquer par une banalisation de leur identité et une mutation de leurs ambiances provoquées pour partie par le déclin de l’offre commerciale et la défaillance des espaces urbains à être des lieux d’utilités publiques. La reconquête des centres-bourgs ne peut donc passer que par la réhabilitation de cette identité urbaine qui fait défaut aujourd’hui. Pour y parvenir, les aménageurs peuvent s’appuyer sur des démarches de valorisation du patrimoine , de la culture et des outils réglementaires telles que les secteurs sauvegardés ou les aires de valorisation de l’architecture et du patrimoine.

Nature et ville

Dans les opérations d’aménagement, ville et nature semblent antinomiques et si la ville est souvent construite dans la nature, il est plus rare que la nature soit prise en compte dans l’aménagement des villes. Pourtant la conception créole de la nature n’est pas celle européenne d’une opposition avec l’urbain. En plus de la présence d’une nature exubérante, un exode massif et soudain a exporté des modes de vie ruraux en ville amincissant la frontière entre ville et nature. Depuis toujours la nature et la ville se sont interpénétrées, à l’image du jardin créole. Cet espace de cultures médicinales et vivrières souvent réduit, sur des pentes importantes ou encore hors-sol répond à des enjeux écologiques (corridor urbains, biodiversité urbaine) mais aussi économique (part de l’alimentation) et sociaux (échanges, solidarité) Il constitue une piste de réflexion complémentaire aux grands espaces verts pour inverser le paradigme d’une ville à la campagne vers une campagne à la ville. D’autant que le végétal possède aussi des applications thermiques (ombre portée, îlot de fraîcheur) et sociale (en particulier ludiques) intéressantes.

Gestion de l’eau en milieu urbain

Sur cette thématique plus technique, les enjeux restent immenses entre une très forte intensité pluviométrique entraînant des sur-dimensionnements (par rapport à un référentiel métropolitain) des ouvrages, des phénomènes de ravinement et une urbanisation qui fut souvent informelle avec des habitations exposées à des forts risques. Si la nécessité de planification et en particulier d’articulation entre gestion de la ressource et développement urbain est primordiale des solutions techniques éprouvées peuvent permettre de minimiser les impacts. Le principe d’intervention étant toujours d’éviter l’imperméabilisation des sols avant de se tourner vers des solutions de réduction de ses impacts et en dernier recours de compensation.

Sur ces trois sujets les échanges furent riches et nombreux et ont permis l’émergence de réflexions transversales :

  • Nécessité d’implication des habitants
    Sur ces thématiques, une méthodologie d’implication des habitants, par de la concertation et la coproduction peuvent décupler les effets et doivent donc être systématiquement mises en place.
  • Nécessité d’une contextualisation des projets
    C’est une des bases théoriques de l’écoquartier qui prend tout son sens en Martinique où les exemples nord-européens sont inapplicables.
  • Faire partager la production de logements social à la construction de la ville
    Dans un contexte foncier tendu, les opérations de construction sociales se réalisent très souvent en extension urbaine alors même que les potentialités de densification existent en centre ancien. En les exploitant, le logement social et son mode de production particulier peut être un des outils d’un urbanisme durable.
  • Nécessité d’une interaction entre niveaux institutionnels
    Un déficit d’information entre l’État et les collectivités, que ce soit sur des lancements de projets communaux ou des appels à projets régionaux, nationaux ou européens peut allonger des délais de réalisation, préjudiciables à tous. Une fluidification est donc à prévoir qui peut passer dans un premier par la systématisation d’événements semblables au séminaire.

Tous ces thèmes sont autant de préoccupations des élus et constitueront le programme de travail pour 2014. Une année qui s’annonce d’ors et déjà chargée avec 1 séminaire, 2 formations en partenariat avec la DEAL Guadeloupe et 4 ateliers EcoQuartier.